Longtemps perçue comme une escale pour artistes en quête d’ailleurs, Tanger est en train d’opérer une révolution tranquille. Sans renier son passé, elle embrasse avec audace un futur culturel foisonnant. TV5 Monde, dans sa rubrique « Voyage », consacre un article vibrant à cette renaissance, baptisée sans détour : « Au Maroc, Tanger la créative ».
Du haut de ses remparts, la ville blanche regarde désormais vers demain, tout en préservant l’écho des pas de Delacroix, Van Dongen ou encore du Tangérois Ahmed Yacoubi, dont le destin s’est entrelacé avec celui de l’écrivain américain Paul Bowles. Car Tanger n’a jamais cessé d’attirer ceux qui voient le monde autrement. Aujourd’hui, elle leur offre une nouvelle scène.
Depuis plus de dix ans, la métamorphose est en marche. Elle porte un nom : le projet “Port de Tanger Ville”. Lancé en 2010, il ambitionne de réconcilier la ville avec sa façade maritime, en transformant le port historique en un carrefour de croisières, de plaisance et d’expériences culturelles. « Il s’agit d’un tourisme avec un seuil acceptable de fréquentation », explique Mohamed Ouanaya, président de la SAPT, société en charge de l’aménagement.
Mais derrière les chiffres, il y a surtout une vision : celle d’un tourisme ancré dans l’histoire et tourné vers l’art contemporain. Les galeries fleurissent, à l’image de la galerie Conil, perchée sur la paisible place du Tabor, où s’exposent des talents marocains et internationaux. Des lieux qui ne se contentent pas de montrer, mais qui orientent, accompagnent, racontent. Ils créent des ponts entre médina et modernité, entre patrimoine et réinvention.
L’ancien fort, lui, est devenu le musée Ibn Battouta, hommage majestueux au plus célèbre des voyageurs marocains. Non loin, le musée La Kasbah épouse l’histoire et l’art, dans un dialogue entre vestiges archéologiques et créations contemporaines, le tout installé dans une ancienne prison réhabilitée avec élégance.
Le projet dépasse les murs. Il redonne souffle aux venelles de la médina, redessine les espaces publics, restaure les remparts, et offre aux Tangérois de nouvelles façons d’habiter leur ville. En fin de journée, la promenade qui descend vers la mer se remplit de familles, de flâneurs, d’amoureux des couchers de soleil. Tanger, désormais, se vit aussi les pieds dans l’eau.
L’essor hôtelier suit cette dynamique. La chaîne singapourienne Ascott y a flairé le potentiel : de nouveaux établissements sont annoncés à Tanger, Casablanca et Marrakech, augmentant de 30% la capacité d’accueil de la marque au Maroc.
Cette transformation, que certains pourraient qualifier d’urbanistique ou touristique, est surtout culturelle et sensible. Le mécène français Olivier Conil, installé à Tanger depuis deux décennies, résume parfaitement ce virage : “C’est un inestimable atout pour une ville souvent qualifiée de capitale des artistes au Maroc”.
D’ici à 2029, la reconversion de la ville continuera de tisser son récit, à l’approche de la Coupe du monde 2030, dont Tanger sera l’un des théâtres. Une chose est sûre : la ville du Détroit n’a pas fini de séduire ceux qui rêvent, créent et voyagent.