Le commerce alimentaire moderne au Moyen-Orient et en Afrique du Nord évolue dans un contexte paradoxal. La confiance des consommateurs progresse depuis plusieurs années, mais cette amélioration ne se traduit pas par une accélération de la croissance du secteur. Dans plusieurs marchés de la région, l’activité reste modérée malgré une multiplication des ouvertures de magasins. Dans ce paysage contrasté, le Maroc se distingue toutefois comme l’un des marchés les plus dynamiques.
Selon l’étude 2025 consacrée au commerce alimentaire dans la région MENA, la croissance du commerce moderne a atteint 4,7 % au Maroc en 2024, un rythme supérieur à celui observé dans les autres marchés étudiés. Cette progression s’accompagne d’un fort développement du réseau de distribution. Le nombre de nouveaux magasins a ainsi augmenté de 11 % sur un an, ce qui place le Royaume en tête de la région en matière d’expansion du parc de points de vente.
Cette dynamique intervient dans un contexte où les consommateurs modifient progressivement leurs habitudes d’achat. Après plusieurs années marquées par la prudence budgétaire, les ménages affichent davantage de confiance et se montrent plus enclins à dépenser. Ils restent néanmoins très attentifs aux prix et multiplient les arbitrages. La recherche de bonnes affaires coexiste désormais avec une volonté de privilégier certains produits de meilleure qualité. Les aliments frais, les produits perçus comme plus sains et les offres de restauration rapide à emporter figurent parmi les catégories qui bénéficient le plus de cette évolution.
Dans la région MENA, le commerce alimentaire moderne reste toutefois dominé par les supermarchés et hypermarchés, qui représentent près de 90 % des dépenses des consommateurs. Cette forte concentration limite la diversité des formats commerciaux. Dans d’autres régions du monde, le marché repose davantage sur une variété de modèles, allant des petits magasins de proximité aux enseignes spécialisées dans les achats en gros ou les formats discount. Cette absence de diversité explique en partie un niveau de satisfaction relativement faible des consommateurs, qui peinent parfois à trouver des formats adaptés à leurs différents besoins quotidiens.
La question du prix demeure un facteur déterminant. Dans l’ensemble de la région, seule une minorité de clients se déclare pleinement satisfaite des prix pratiqués. Cette situation favorise la progression rapide des enseignes discount, dont la croissance dépasse largement celle du marché global depuis plusieurs années.
Pour les distributeurs présents au Maroc, plusieurs axes de développement apparaissent. Le premier concerne la diversification des formats de magasins afin de répondre à des usages variés, qu’il s’agisse d’achats rapides en centre-ville, de courses hebdomadaires ou d’offres alimentaires à consommer immédiatement. Le deuxième levier repose sur le développement des marques de distributeur. Malgré un intérêt croissant des consommateurs, leur pénétration reste encore limitée dans la région par rapport aux standards internationaux.
Le commerce alimentaire en ligne constitue un autre potentiel de croissance. Sa progression a été rapide ces dernières années dans plusieurs marchés de la région, même si son poids reste encore modeste. Au Maroc, environ un consommateur sur cinq déclare vouloir augmenter ses achats alimentaires en ligne. Les distributeurs traditionnels disposent ici d’un avantage compétitif potentiel en combinant prix plus compétitifs, assortiment large et expérience numérique améliorée.
La montée en puissance des technologies et de l’intelligence artificielle représente également un facteur clé de transformation. Ces outils permettent d’optimiser la gestion des prix, la personnalisation des promotions ou encore l’analyse des comportements d’achat. Ils ouvrent aussi la voie à de nouveaux modèles économiques, comme le développement du retail media, qui permet aux distributeurs de valoriser leurs données clients auprès des marques.
Enfin, la digitalisation du commerce interentreprises progresse dans la région. Des enseignes disposant d’infrastructures logistiques solides, comme les acteurs du modèle cash-and-carry présents au Maroc, développent désormais des plateformes numériques destinées aux petits commerçants et aux professionnels.
Malgré un rythme de croissance global encore limité dans la région, les perspectives restent positives pour les distributeurs capables d’adapter leur stratégie. L’évolution des attentes des consommateurs, l’émergence de nouvelles technologies et l’apparition de nouveaux segments de marché offrent de multiples opportunités de développement. Dans ce contexte, le Maroc apparaît comme l’un des marchés les plus dynamiques du commerce alimentaire moderne en Afrique du Nord.









