Dérives
À mesure que le Maroc avançait dans la compétition, un climat malsain s’est pourtant installé. Des rumeurs infondées ont émergé, insinuant un prétendu favoritisme, allant jusqu’à évoquer l’idée absurde d’un parcours «acheté».
Par BAHIA BENKHAR SOUGRATI
Une ingénierie d’État et une excellence organisationnelle planétaire
La Coupe d’Afrique des Nations 2025 s’est achevée ce dimanche 18 janvier à Rabat. Au-delà du résultat sportif, l’histoire retiendra avant tout l’image d’un Royaume ayant franchi un cap historique dans l’ingénierie du sport mondial. Le Maroc n’a pas seulement organisé une CAN, il a imposé un standard inédit sur le continent africain, démontrant une maîtrise totale de la logistique, de la sécurité, de l’hospitalité et de la gestion des flux humains.
Des stades de dernière génération dotés de pelouses hybrides de niveau international aux centres d’entraînement ultra modernes, des hôtels et résidences cinq étoiles réservés à toutes les délégations sans exception à un dispositif de transport fluide et sécurisé porté par le TGV, les autoroutes et un maillage urbain exemplaire, chaque détail a été pensé avec rigueur. Les fan zones géantes, animées dans toutes les villes hôtes, ont incarné une fête populaire structurée, inclusive et joyeuse. Surtout, le peuple marocain a offert ce qu’il a de plus précieux : un accueil sincère, fraternel et apaisé. Zéro incident majeur, zéro violence, zéro accident du côté marocain. Une hospitalité peuple à peuple unanimement saluée. Cette CAN restera objectivement la plus aboutie de l’histoire sur les plans organisationnel, sécuritaire et commercial.
L’ingratitude, les rumeurs et le poison du soupçon
À mesure que le Maroc avançait dans la compétition, un climat malsain s’est pourtant installé. Des rumeurs infondées ont émergé, insinuant un prétendu favoritisme, allant jusqu’à évoquer l’idée absurde d’un parcours «acheté». Ces accusations, relayées par certains médias et acteurs de pays voisins, ont nourri une frustration artificielle et une guerre psychologique permanente.
La démonstration par l’absurde s’impose pourtant d’elle-même. Si l’on prétend aujourd’hui que le Maroc aurait eu le pouvoir d’influencer son parcours à la CAN, faut-il alors croire qu’un pays puisse acheter une demi-finale de Coupe du monde, battre l’Espagne et le Portugal sur le terrain, ou installer durablement ses équipes nationales au sommet sur plusieurs cycles et plusieurs compétitions ? La constance du football marocain invalide toute thèse complotiste.
Le football marocain, un âge d’or bâti sur le mérite et la structure
Entre 2022 et 2026, le football marocain traverse indéniablement son âge d’or. Il ne s’agit pas d’un succès isolé, mais d’un écosystème performant qui s’impose sur presque tous les fronts. L’équipe nationale A a marqué l’histoire mondiale au Qatar en atteignant les demi-finales de la Coupe du monde 2022, devenant la première nation africaine et arabe à réaliser cet exploit. En 2025, elle a confirmé sa stature en atteignant la finale de la CAN à domicile, tout en remportant la Coupe arabe et en s’installant durablement dans le Top 15 mondial du classement FIFA. Dans le même temps, l’équipe olympique a décroché une médaille de bronze historique aux Jeux de Paris 2024, après avoir surclassé l’Égypte, et remporté la CAN U23. L’équipe locale a dominé le CHAN en devenant la nation la plus titrée de l’histoire de la compétition. Le futsal marocain s’est imposé comme une référence mondiale avec plusieurs titres continentaux et une présence constante parmi l’élite internationale. Le football féminin a atteint des niveaux inédits, avec une première Coupe du monde réussie et une place durable dans le Top africain. Chez les jeunes, les résultats sont tout aussi éloquents. Les sélections U17 et U20 ont remporté des titres continentaux et mondiaux, établissant des records et confirmant l’excellence de la formation nationale. Cette réussite globale repose sur des piliers solides : l’Académie Mohammed VI, un réseau de détection performant, des infrastructures de proximité, des clubs mieux structurés et une vision d’État assumée. Ce n’est pas une équipe qui gagne, c’est un système.
Finale sous tension : Le basculement dans l’anti-jeu
La finale de la CAN a malheureusement cristallisé toutes les dérives. À la 92e minute, un penalty clair est accordé au Maroc. S’ensuit un événement inédit : sous l’impulsion de leur encadrement, les joueurs sénégalais quittent la pelouse pendant près de vingt minutes. Ce retrait volontaire constitue une rupture grave de l’éthique sportive et une tentative manifeste de déstabilisation. Cette interruption prolongée a cassé le rythme, brisé la concentration et sorti la rencontre de son cadre normal. À cela se sont ajoutées des décisions arbitrales lourdement contestables, notamment lors de l’exécution du penalty, sans reprise malgré une infraction évidente. Le Maroc, par l’intermédiaire de sa Fédération, a eu raison d’engager des procédures. Il ne s’agit pas de contester une défaite, mais de refuser que l’anti-jeu et la pression deviennent des stratégies tolérées.
Violences et vandalisme : Une ligne rouge franchie
Le point le plus sombre reste le bilan humain. Dans un stade marocain exemplaire, des violences ont été commises contre des stadiers, des bénévoles et du personnel de sécurité. L’un d’entre eux a été grièvement blessé, avec une mâchoire arrachée. Des infrastructures ont été vandalisées. Ces faits sont inacceptables.
Il est inadmissible que le pays hôte, irréprochable dans l’organisation, se retrouve agressé chez lui. Le Maroc doit demander des sanctions claires et exemplaires. La diplomatie ne peut jamais justifier l’impunité.
Autocritique lucide : L’émotion comme piège
Cette finale impose également une lecture responsable de nos propres choix. Dans ce moment de chaos, le staff marocain aurait dû s’imposer une retenue absolue. Aucune discussion avec le banc adverse, aucun échange, aucune tentative de médiation n’étaient nécessaires. La priorité devait être la protection mentale des joueurs.
L’émotion, humaine et compréhensible, a ouvert une brèche psychologique. Elle a contribué à la perte de lucidité, au penalty manqué et à une fin de match déséquilibrée, aggravée par la blessure d’Igamane. À ce niveau, la maîtrise émotionnelle est une arme aussi décisive que la tactique.
Hommage et transition : La primauté du système
Cela n’enlève rien à l’immense travail du sélectionneur national. L’emmener en demi-finale de Coupe du monde puis en finale de CAN relève d’un accomplissement historique. Mais précisément parce que le Maroc a changé de dimension, le moment est peut-être venu d’ouvrir un nouveau cycle.
Dans les grandes nations sportives, personne n’est indispensable. Ni un joueur, ni un entraîneur. Ce qui doit primer, c’est le système, la structure, la vision. Miser sur l’institution plutôt que sur les individus est la meilleure garantie de continuité et de souveraineté sportive.
Médias et communication : Une faille à combler
Cette CAN a enfin révélé une faiblesse interne majeure : l’absence d’une communication de crise structurée. Après un investissement aussi colossal dans les infrastructures, il était impératif de bâtir une presse nationale forte, coordonnée et influente à l’échelle continentale et internationale. Au lieu de faire bloc, certains médias ont cédé à l’émotion immédiate, interpellant le sélectionneur à chaud, quelques minutes après un match sous tension extrême. Les critiques ont leur place, mais à froid, après la compétition. Le rôle de la presse est de contextualiser, d’expliquer, de défendre la dignité nationale et d’accompagner l’action institutionnelle.
Dignité, souveraineté et certitude
Le Maroc sort de cette CAN grandi. Il accepte la défaite sportive, mais refuse la barbarie, l’injustice et la manipulation. Il a gagné l’estime du monde, la confiance pour organiser les plus grandes compétitions et confirmé sa place parmi les nations qui comptent.
L’épreuve de vérité pour les instances : Justice ou silence
Désormais, une question centrale demeure et interpelle l’ensemble du continent : des décisions seront-elles prises au sein de la CAF et de la FIFA face à ces dépassements manifestes ? Des responsabilités seront-elles établies, des sanctions prononcées, ou ce match restera-t-il comme un précédent dangereux validé par le silence ?
Car les faits sont là. Le penalty accordé au Maroc, au-delà de la polémique qu’il a suscitée, a été exécuté dans des conditions contraires aux lois du jeu : comme chacun a pu le constater, le gardien adverse avait quitté sa ligne de but avant la frappe de Brahim Díaz, ce qui aurait dû entraîner la répétition du tir.
À cela s’ajoute une interruption de près de vingt minutes provoquée par le retrait volontaire des joueurs sénégalais, sous l’impulsion de leur encadrement, ainsi qu’une attitude ouvertement déstabilisatrice qui a biaisé le déroulement normal de cette finale.
Le Maroc a accepté le verdict sportif avec dignité. Il n’a jamais contesté la victoire du Sénégal sur le terrain. Mais accepter un résultat ne signifie pas renoncer à la justice. Ceux qui accusaient hier le Royaume de faire subir des injustices aux autres doivent aujourd’hui regarder la réalité en face : c’est le Maroc qui a été lésé dans le déroulement du match.
Ce que le Royaume attend désormais n’est ni revanche ni polémique, mais des corrections claires, des décisions courageuses et des sanctions à la hauteur des faits. Non par orgueil national, mais par respect pour le football africain, pour l’éthique sportive et pour l’esprit même de la compétition. Le football ne peut progresser que si la règle est protégée, si l’anti-jeu est sanctionné et si la justice ne dépend ni du contexte, ni de la pression, ni du rapport de force.
DIMA MAGHRIB. Au-delà du football, nous sommes une grande nation. Nous sommes le Royaume chérifien. Et aucun soupçon, aucune haine, aucun complot ne détournera un pays souverain de sa trajectoire historique.









